VAL DE MARNE LE 20 OCTOBRE 2018.
Bonjour les amies et amis,
Eh oui, vous serez surpris que je vous écrive du Val de Marne.
Rappellez vous dans mon précédent flash je vous racontais ma chute à une trentaine de kilomètres de SAN ANTONIO DE LOS COBRES.
Sur recommandation du médecin j'ai bien respecté les 48 heures de repos.
Le jeudi 11 octobre, je suis remonté, gonflé à bloc comme le vélo.
Avec Luc et André nous quittons SAN ANTONIO DE LOS COBRES prêts à en découvre avec le paso d'ABRA DEL ACAY, toujours sur la Ruta 40 à une altitude de 4 985 mètres d'altitude. San Antonio de Los Cobres est à 3 600 mètres.
Nous estimons atteindre le hameau de LA POMA après quelques kilomètres en redescendant le col, en 2 jours avec un bivouac.
Nous commençons par une quinzaine de kilomètres sur asphalte. Tout va bien, je me sens à l'aise et même en forme, malgré mes plaies au menton et lèvres suintantes, avec mes petits camarades nous empruntons à droite la Ruta 40.
LA PANIQUE, PUIS LA DESOLATION.
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Il nous faut quitter la route 52 et prendre à droite la Ruta 40. Un retour sur cette piste qui me sera fatal.
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D'un seul coup je me retrouve brutalement sur la piste de type ripio. Allez savoir pourquoi je ne maîtrise plus mon vélo sur ce terrain. Embardées dans tous les sens. Dérapages des roues. Je demande à ma tête de se ressaisir et commander la coordination de mes mouvements, pédalage, maintien du guidon. Rien n'y fait. Je suis à la limite de la chute.
Après 300 mètres je pose pieds à terre. La remémoration de ma chute du 8 octobre, non expliquée, réapparaît. Une panique s'empare de moi, me fige. Que faire, que dire? Insister? Forcer le destin? Je sens mes forces m'abandonner.
Face à cette impuissance subite, je hèle Luc et André, ils reviennent vers moi.
Mon propos est bref, intangible : "Regardez mon sillon, je ne maîtrise plus mon vélo, j'ai le regret de renoncer ".
Je sens la stupeur dans leur regard, la désolation. Vite ils comprennent qu'il est inutile de me faire changer d'avis.
Nous réglons rapidement les questions matérielles, popote, alimentation, etc....
Les mots ne viennent plus à la bouche. Luc pleure. Après plusieurs accolades, je refais en sens inverse les 300 mètres, pour me retrouver seul sur la route 51, asphaltée elle!!!
Inutile pour moi de leur faire perdre du temps, la journée qui les attend sera dure pour eux. A quoi bon s'apitoyer sur son sort, dans la désolation qui est la mienne, la nôtre, la discrétion est de mise. Je leur souhaite réussite et courage pour la suite du périple.
Je m'excuse en constatant que c'est la première fois que j'abandonne sur une telle aventure.
PICK-UP STOP.
Sur la route 51, SALTA est à 140 km. Luc me dit qu'il y a un col. Cela ne m'engage pas à relier la capitale régionale à vélo et moralement je me sens lessivé.
Je décide d'utiliser mon pouce. Après une demi heure un pick-up s'arrête. Edouardo va à SALTA. A 12H30 il me dépose peu loin du centre ville où son père tient un garage. Edouardo, lui travaille dans le BTP. A deux reprises il prendra deux auto-stoppeurs. La première une infirmière qui se rend dans un village pour donner des soins. Un grand père qui se rend chez ses enfants.
La route fût agréable, les vallées offrent des paysages changeants et les roches sont de couleurs diverses. Après le col, la route descend quasiment toujours. SAN ANTONIO DE LOS COBRES est à 3 600 mètres d'altitude alors que SALTA est à 1 200 mètres.
Par instant j'aperçois la ligne de chemin de fer "TREN A LAS NUBES" autrement dit le train des nuages, qui relie SALTA à SAN ANTONIO de LOS COBRES. "Cette ligne qui monte jusqu'au plateau andin jusqu'à 4 200 métres d'altitude sur une distance de 217 kilomètres à raison de 35 km/heures ne compte pas moins de 19 tunnels, 29 ponts et 13 viaducs, avec 21 stations jusqu'au viaduc de la POLVORILLA, 224 mètres de long suspendu entre ciel et terre à une hauteur de 63 mètres".
Ce dernier viaduc "raisonne et résonne" en ma mémoire puisque c'est à 12 kilomètres de son approche que j'ai chuté. C'est aussi la distance que j'ai parcourue après mon gadin pour retrouver Luc qui avait pris les devants pour rechercher les secours et c'est justement à la station qu'il a pu faire appeler la police.
André m'accompagnait bien veillant à mon égard. Au fur et à mesure que l'on descend, je distingue des zones vertes de culture comme de petites oasis. Là haut dans la PENA tout est sec, desséché et aride. Cette route fait partie de notre trajet retour début décembre. J'imagine le plaisir qu'auront Luc et André dans leur retour sur SALTA. En pleine forme après plus de deux mois d'épreuves, la route 51 leur paraîtra facile.
SALTA, LE RETOUR.
Je passerai quatre nuits à SALTA pour prendre les décisions qui s'imposent et organiser mon retour anticipé. En mon esprit trois hypothèses s'offrent à moi:
1- le retour en France le plus vite possible.
2- se reposer le temps qu'il faut puis rejoindre en bus les copains là où ils se trouveront.
3- se reposer le temps qu'il faut et prendre le temps d'élaborer un circuit argentin plus soft avec un retour à la date prévue le 5 décembre.
Très vite je retiendrai la première hypothèse. Je suis comme anéanti, je ne me sens aucun ressort pour rebondir et me projeter dans l'avenir immédiat.
Les plaies au visage me rongent et les lèvres gonflées et sanglantes attisent un feu continu.
Je passe sur toutes les démarches administratives produites pour organiser mon auto - rapatriement.
A SALTA j'ai pu compter sur un appui logistique aimable au sein de notre hôtel CASA DE BORGONA POSADA, situé Espagna 916. Si vous devez aller à SALTA, retenez bien le nom de cet hôtel. Peu cher et situé centre ville.
COMPRENDRE LA CHUTE.
Depuis le 8 octobre je n'ai trouvé aucune explication valable à cette chute.
Des hypothèses!
Lorsque l'on se ramasse, très vite on analyse les causes de la chute. Celles-ci identifiées on se critique, même parfois on dit "Mais quel con tu fais". Après avoir compris on se promet de faire gaffe dans ces circonstances.
Seulement présentement au 20 octobre je n'ai toujours aucune explication. Dans mon flash du 10 octobre je me suis abstenu de vous dire que j'avais perdu connaissance afin de ne pas inquiéter mes proches.
La seule chose que j'ai retenu ce sont approximativement les propos identiques de Luc et André, "Nous roulions ensemble et dans ce début de descente tu as pris de la vitesse, peut-être 25 km/heures, sans qu'on sache pourquoi et 200 mètres plus loin c'était le gadin. Basculement par dessus le guidon, suite au blocage de la roue avant dans un champ de cailloux, lorsque nous sommes arrivés tu étais ensanglanté, tu avais perdu connaissance, on t'a nettoyé le visage à l'eau et tu as retrouvé tes esprits".
Je crois bien connaître ces pistes, j'en ai parcouru de nombreuses en Asie, en Patagonie et même parfois en Europe et souvent seul. Des chutes dans ces circonstances j'en ai connues et chaque fois j'ai su tomber, rouler-bouler, sauter du vélo à temps, esquiver un obstacle.
Mais là je n'ai rien vu venir. Pourquoi me suis-je emballé et ne pas avoir pris conscience des risques encourus ?
Je redescendais du volcan TUZGLE : Fatigue ? Endormissement ? Tout tout tout petit AVC ? Inconscience subite ? Ivresse des montagnes ? Vieillesse ? Je ne sais ?
Tout ce que je peux dire en redescendant du TUZGLE je me sentais bien, en forme et sans fatigue. Je ne forçais pas ma nature jusqu'alors pour atteindre crescendo plénitude de mes moyens. Il me semble que justement je maîtrisais la chose. Alors qu'est ce qui m'a trahi ? Je ne le saurai jamais.
Heureusement cette fois j'étais avec deux compagnons solides qui m'ont porté secours. Je rappelle que depuis cinq jours que nous étions sur la Routa 40, nous n'avions rencontré que 8 autos, 12 motos et un autocar.
Seul sonné ici, combien de temps serai-je resté à attendre secours sur cette piste ? Peut-être que lorsqu'on est seul notre vigilance est - elle plus en alerte ?
Aujourd'hui je suis pris en charge familialement et par mon médecin, par un chirurgien pour mes lèvres et menton, je vais devoir suivre des séances de kinésithérapie, j'ai rendez vous avec mon ophtalmologue, mon cardiologue et des recherches neurologiques pourraient être effectuées ...
Tout cela est à considérer, mais aujourd'hui il convient de dépasser ma déception, le traumatisme causé pour ne pas entrer dans la déprime. Accepter que je ne saurai jamais pourquoi je me suis laissé aller à une telle vitesse sur une telle piste.
HOMMAGE À MES DEUX COMPAGNONS.
Depuis janvier avec Luc et André nous préparions cette expédition. Je dis bien expédition car nous savions les risques, l'obligation d'un engagement physique total d'autant que nous associons cyclisme et montagne, dans un contexte climatique difficile. Nous nous sommes éprouvés en février dans les Vosges chez Luc à vélo et en montagne dans la neige pour nous apprécier et se connaître. Pendant ces 9 mois de préparation nous étions au diapason. Depuis notre départ de SALTA rien d'anormal dans nos relations, toujours à l'écoute nous avons su trouver un système de communication coopératif. Dans la répartition des tâches rien à dire, chacun agissait naturellement en complément de l'un ou l'autre. Aucun grief ne fût fait et la bonne ambiance était de mise. C'est aujourd'hui le regret d'avoir quitté mes compagnons qui m'attriste infiniment. Ils pourront m'en vouloir de les avoir abandonnés. Je pense qu'avec le recul ils comprendront ma détresse dans la situation qui fut la mienne après cette chute incompréhensible, mon incapacité à reprendre la maîtrise du vélo sur la piste. Vraiment Luc et André, je vous dois un grand merci de compagnonnage et de camaraderie. Je vous souhaite d'aller au bout de notre projet. J'assurerai votre logistique retour dès votre attérissage à ROISSY C.d.G. en décembre.
ÉPILOGUE.
Mais pourquoi nous raconte -t - il tout cela vous direz - vous? Je suis rentré le 16 octobre et je ne savais que faire ? Je vous connais, comme on dit : "Vous faites partie de mon réseau ". Je me suis déjà introduit 3 fois chez vous par messagerie et il n'y aurait pas de suite! Alors il fallait bien que je vous dise : "Je suis rentré " Mais autre chose aussi est de partager mes interrogations après ces déboires. Il me fallait écrire pour comprendre peut être, mais aussi pour exorciser un questionnement sans réponse. Peut-être que ceux qui m'écriront m'alerteront-ils vers des hypothèses que j'ignore. Et puis peut être ces quelques lignes peuvent-elles servir de réflexion aux amis qui s'éclatent dans de telles aventures?
Voilà la fin du voyage et je poursuis sur le pourquoi, le comment cela m'est - il arrivé? Merci de vos attentions et j'ai été sensible aux messages des amis lors de cette trop courte expérience.
Avec toutes mes amitiés.
Jean-Paul
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En rouge le parcours que j'ai parcouru, en bleu ce qu'il reste à faire pour Luc et André.
Courage mes petits camarades!
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CONTINUEZ à suivre Luc et André sur le blog "Virée à 3 entre Argentine et Chili à travers ledésert d'Atacama" du blog "mesbaladesetescalades.hautefort.com"
ILLUSTRATIONS SAN ANTONIO de LOS COBRES.
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San Antonio de Los Cobres vu de la hauteur du chemin de croix.
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Rue.
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Autre rue.
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Constructions de lotissements. A 3 600 mètres d'altitude, cette petite ville ne veut pas mourir.
DERNIERES ILLUSTRATIONS DE SALTA.
Dans mes voyages tout comme dans mes déplacements en France et surtout à Paris, j'ai toujours une grande tristesse lorsque je suis confronté à certaines activités humaines. Notamment lorsque je croise des personnes hors statut social et qui malgrè leur détresse cherchent à survivre en excerçant un petit commerce de rue bien illusoire.Voici quelques exemples rapportés ici pour qu'ils ne soient pas éternellement oubliés et laissés pour compte.
ET POUR FINIR DEUX OEUVRES DE STREET-ART IN SALTA.
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FIN DE L'AVENTURE.
DE GRANDS MERCIS A TOUTES CELLES ET TOUS CEUX QUI DEPUIS MON RETOUR M'ONT TEMOIGNES LEUR AMITIE ET SYMPATHIE.
Jean-Paul
jeanpaulegret2@gmail.com
Blog mis en forme entre le 21 octobre et le 26 octobre 2018.
Histoire de tourner la page de cet échec.
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