3 éme flash, la chute

Bonjour,


 Je suis à San Antoine de Los Cobres à  3 580 m d'altitude contraint à 48 heures de repos suite à une chute le 8 octobre.


 Depuis Susques nous avons pris la fameuse Ruta 40 qui traverse l'Argentine du nord au sud. 

Je l'avais empruntée en Terre de Feu où elle est asphaltée. 

Dans la Puna, appellation de l'altiplano côté argentin, elle est délaissée. C'est  une piste en ripio piègeux avec toutes sortes de matériaux trouvés sur place : cailloux, gravillons, terres meubles et souvent sableuses. 

Nous avons quitté Susques le 4 octobre et sommes arrivés le 8 au soir à San Antonio  de Los Cobres. 

Sur cette période nous avons croisés 12 motos, 8 autos et 1 autocar. 

Les villages traversés où nous avons pu trouver un hébergement en hospidaje sont HUANCAR, 25 km, PASTOS CHICOS, 28 km,  PUESTO SEY, 24 km. Cette lenteur c'est aussi une manière de s'adapter à l'altitude puisque nous roulons au dessus de

3 800 m après être passés très tôt à  4 127 m au Paso ABRA de PORTREVILLOS. 

Ces villages semblent abandonnés de la civilisation. Sur cette piste il faut pousser souvent le vélo.  Mais les paysages sont époustouflants, la végétation est toujours la même. Elle est constituée de touffes indépendantes d'herbes piquantes, et petits arbustes ne dépassant pas 50 cm de hauteur.

 De temps à autre nous apercevons les vigognes sauvages et des troupeaux de lamas domestiqués.

ILUSTRATIONS de ce qui précède.


Notre hospedaje chez Luis à PUSTO CHICOS. Luis est l'homme à tout faire de ce village, il tient l'hospedaje, l'épicerie et le centre de soins.



Centre de soins de PUESTO CHICOS tenu  par Luis, il nous confiera les clefs car c'est le seul endroit où le village dispose de la wifi.


La rue de PUESTO CHICOS.

Dans ce village, l'eau du robinet n'est pas potable. Il convient de se rendre à l'extrémité de cette rue pour disposer d'une eau consommable tirée d'une grande citerne en plastique. Un camion citerne passe régulièrement la remplir.


L'un des tous petits arbustes de la PENA à 4 000 mètres d'altitude.


Arrivée à PUESTO SEY.

Nous rencontrons quelques difficultés à trouver un hospedaje. Finalement une jeune femme nous sera présentée et nous conduira à travers un chantier où elle nous montre une pièce remplie de gravats, de divers matériaux et outils.  A première vue nous ne comprenons pas son intention ? Comme nous avions préalablement traversé une grande salle vide avec des chaises, nous faisons comprendre que cette pièce nous conviendrait parfaitement. Finalement nous comprenons que cette salle doit réunir la communauté villageoise mais que la pièce qu'elle nous destine sera prête dans une heure. Plus tard je me propose de donner un coup de main à l'aménagement de la pièce qui nous est destinée. Surprise deux femmes s'activent, la pièce est propre et elles se préparent à monter trois lits.Nous sommes touchés par ce sens de l'hospitabilité. Il nous sera demandé 150 pesos par personne, soit environ 3 €.Comme dit, les villageois se réuniront en soirée pendant trois bonnes heures avec des débats animés et passionnés me semble-t-il, lorsque nous devons sortir ou rentrer dans la bâtisse qui nous abrite.



Andrè et Luc.
Devant nous le volcan TUZGLE, 5 530 mètres d'altitude.
Dans deux jours nous serons là haut !


En plein désert une maison isolée à 4 400 mètres d'altitude.
De quoi vivent ces gens ? L'eau ? L'énergie ? Absence de culture ? Comment se passent les hivers ?



PUESTO SEY vu de haut.
Sur les montagnes bordant les villages il est fréquent qu'un chemin de croix grimpe et domine l'horizon. Asservis par les conquitadores, les missionnaires chrétiens ont  parachevé la chose.


De là haut le désert, trace de la Ruta 40 empruntée ce jour. 


Un univers minéral à perte de vue auquel s'accroche désespérément quelques herbes.

On quitte PUESTO SEY pour le volcan TUZGLE.


Partis tôt, le jour se lève. Pointe le TUZGLE à gauche.

Dans mon dos le volcan TUZGLE.


André est pressé d'atteindre le TUZGLE.


Nous nous engageons dans une gorge magnifique.Admirez le ripio.


Habitation isolée, mais cette fois-ci autour j'aperçois un troupeau de lamas, photo ci-dessous.



Autre type d'herbe drue qui pousse par touffes. 

Attention ça pique séchement.


Allez, pousse Luc!


Approche du sentier vers le volcan TUZGLE.



 NOTRE PREMIÈRE ASCENSION, LE VOLCAN TUZGLE à  5 530 m d'altitude.

Nous quittons tôt PUESTO SEY avec 4 jours  de nourritures et 12,5 litres d'eau, pour notre premier objectif montagne l'ascension du volcan  TUZGLE. 

A 15 km nous devons trouver un sentier sur la gauche pour la montée. En sortant du village nous apercevons au loin ce fabuleux volcan, majestueux au centre des montagnes plus petites qui l'entourent. 

En fait nous trouverons ce sentier au 19 ème km après 5 heures de vélo. 

L'approche est géniale par l'ambiance des sites traversés notamment un petit canyon mais nous n'oublions pas notre objectif du jour planter notre camp de base vers  4 800 m d'altitude. 

Au pied du volcan à 4 400 mètres d'altitude, il nous reste 1 100 mètres de dénivelé.

Nous poussons nos vélos sur 1 km pour trouver une planque invisible derrière des rochers pour cacher bicyclettes et sacoches. 

Ce couple de montagnards était dans les mêmes vols que nous d'ORLY à SALTA. Nous les avons croisés dans SALTA. Ils nous avaient dit avoir l'intention de faire l'ascension du TUZGLE. Quelle ne fût notre surprise de les voir récupérer leur voiture de location en redescendant du volcan.
Lui est guide à l'UCPA, ses conseils sont les bienvenus.


Lieu propice pour planquer nos bicyclettes, sacoches et armer nos sacs à dos pour l'ascension.


Préparons nos sacs à dos,  avalons un petit pique-nique pour un départ vers 15 h 30.

Nous sommes à  4 400 m  d'altitude. La progression se passe bien mes deux jeunes camarades avancent vite. Vers 4 800 m nous recherchons un abri pour monter nos tentes  si possible dans les ruines d'anciennes habitations de mineurs.

En effet ce volcan a été exploité pour extraire du minerai de souffre, il y a bien longtemps.

 

André, toujours en tête!


Luc y va de bon coeur. Il attend ce moment depuis tellement longtemps.



Finalement à  4 850 m nous trouvons 2 emplacements. Faute de surface suffisante je renonce à mettre le double toit. A 19 h 30 je suis content de m'enfiler dans le sac de couchage. Le vent souffle fort et je place dans le duvet les vêtements à enfiler demain matin.Très vite le givre se fige sur la toile, ma veste de montagne qui pourtant est à l'intérieur givre également. Le duvet est humide à l'extérieur, affaire de condensation. Malgré tout cela je suis bien dans mon duvet avec un seul tee shirt. Vraiment rien à dire, mon duvet VALENDRE, Swing 900, remplit son office. A 5 h 30 lever. Petit déjeuner sous la tente. Une bouteille d'eau laissée à l'extérieur est un bloc de glace, heureusement elle n'était pas pleine sinon elle aurait explosé. A 7 heures nous attaquons l'ascension. La montée est agréable le sentier clair à suivre jusqu'à 5 300 m d'altitude. 

Je suis paré pour l'ascension.

Arrivés aux derniers vestiges de minage plus de sentier. Il faut improviser. La pente atteint 45 %, composée de poussières et rochers accrochés dans cette pente. Nous sommes à 200 m du sommet soit à 5 300 m d'altitude. 

En absence de confiance sur la suite, je préfère faire demi tour et redescendre tranquillement au camp de base. Non que je ne me sente fatigué, mais je préfère conserver de la fraîcheur et ne pas puiser dans mes réserves. 

Cela me permet de mieux observer mon environnement. 

Tout d'abord j'aperçois le SALINAS GRANDES  au loin, traversé il y a plusieurs jours. 

Outre le basalte noir, d'autres minéraux rouges ou blancs font mon admiration. Des langues de laves montrent combien ce volcan a été actif il y a des milliers d'années. J'aperçois dans la pente un chariot laissé par les mineurs.


André et Jean-Paul grimpent dans la cendre du volcan en évitant les roches calcinées. Ici à 5 220 mètres d'altitude. La photo écrase la pente mais le pourcentage est fort.



De la haut la Ruta 40 trace sa ligne à travers cette immensité.


Au fond le désert de sel SALINAS GRANDES, traversé il y a plusieurs jours.



Vestiges d'installations minières.


Chariot de mine abandonné. Ici des hommes ont souffert.

Au camp de base à 11h 10, mise à l'air des duvets et autres vêtements pour séchage. Le soleil et le vent sont mes complices. La bouteille d'eau d'extérieur est toujours congelée. A 12 h 30 mes camarades reviennent contents d'avoir atteint le sommet.


L'espace dans ces ruines est contraint, je renonce à monter le double toit. Il y a le choix ici un peu protégé à l'abri du vent ou ailleurs en terrain nu mais plein vent  à condition de trouver au moins 4 m² plats.

LUC, LE PATAGON.

Luc a planté le drapeau de PATAGONIE à 5 530 m d'altitude au sommet du volcan TUZGLE. Il est un fervent adepte de la Monarchie du Royaume d'AURICANIE et de PATAGONIE, fondée par un français, ancien avoué à PERIGUEUX, Antoine de TOUNENS en 1860.  

Antoine de TOUNENS s'intronise "Sa Majesté Orélie-Antoine". Il soutient le peuple Mapuche qui se bat pour son indépendance, mais sans succès. 

L'histoire de ce français est vraiment originale. Jean RASPAIL, de l'Académie française en parle avec admiration dans son livre "Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie"

Jean RASPAIL a été terriblement touché par l'extermination des peuples et tribus qui vivaient entre Chili et Argentine. Le peuple mapuche extrêmement nombreux n' a pu être exterminé, mais il a été asservi avec le temps par les conquérants.

Luc tout fier d'avoir hissé le drapeau au sommet.
Il ne s'en est pas vanté en soirée auprès qui carabiniers qui nous ont gentillement rapatriés à San Antonio de Los Cabres suite à ma chute! 


Drapeau d'Auricanie et Patagonie.


Mon blog 

"patagoniejeanpaul.blogspot.com" 

évoque largement l'extermination des tribus indiennes notamment les ALAKALUFS, nomades marins de la TERRE DE FEU. Plus largement à ce sujet lire   "Qui se souvient des Hommes" de Jean RASPAIL. 

Le musée de PORVENIR au CHILI, en TERRE de FEU, est consacré à ces génocides.

Si vous souhaitez avoir une vision plus large sur ce que fût les pratiques des migrants à l'encontre des tribus autochtones au XIX et début du XX éme siécle toujours de Jean RASPAIL lire :" Adios, Tierra del Fuego"


Retour aux vélos.

Pique nique,  démontage du camp. A 14 h , nous entreprenons la descente en coupant pleine pente. Petit jeu amusant d'éviter le sentier lézardant, en empruntant la voie directe constituée de poudre volcanique dans laquelle je plante les talons en évitant ici ou là les roches basaltiques plantées dans ce magma. 

A 15h30, à 4 400 m d'altitude, nous retrouvons nos vélos,  redistribution de nos matériels dans les sacoches. 

A 16 h 30, retour sur la Ruta 40.  L'objectif est de faire en cette fin d'après midi une dizaine de kilomètres pour trouver un bivouac à 30 km de SAN ANTONIO de LOS COBRES que nous accomplirons le lendemain.


 LA CHUTE. 

Je me sentais bien après les épreuves précédentes, en forme même. 

Allez savoir pourquoi je me suis laissé aller à 25 km/h selon mes compagnons pour  planter la roue avant de travers dans un champ de graviers. 

Résultat face écrasée du nez au menton et gros hématome sur la cuisse droite. 

Heureusement le casque à bien rempli sa fonction. La visière de ma casquette pliée contre le nez a protégé celui ci de graves blessures. 

Mes copains m'aspergent d'eau le visage  en sang pour un premier nettoyage. 

12 km plus loin, nous trouvons une maison située sur le site touristique du VIADUC DE LA POLVORILLA ,  ligne de chemin de fer "TREN A LAS NUBES" dit du train des nuages. 

Malgré mes blessures, devant ce spectacle je me suis arrêté pour  prendre en photo ce viaduc, dont j'apprends quelques minutes plus tard qu'il s'agit du fameux LA POLVARILLA. "Cette merveille d'ingenierie mesure 224 m et se suspend entre ciel et terre à une hauteur de 63 m. C'est la grande attraction pour les touristes qui empruntent ce train"


Direction un tout petit hôpital.

Une heure plus tard un pick-up de la police arrive et nous emporte à SAN ANTONIO DE LOS COBRES pour l'hôpital. 

Ma tension, ma température sont bonnes. Une infirmière assure le nettoyage de mes plaies au visage. Cela dure 45 mn avec enlèvement des petits graviers ancrés au menton à la pince à épiler. 

Puis radios faciale et des cervicales. Rien de cassé, tout va bien. 

Préconisation du médecin : 48 heures de repos. 

Pendant les deux heures que je passerai à l'hôpital, les deux gendarmes, venus me et nous récupérer à une vingtaine de kilomètres, resteront à nos petits soins. 

Le chauffeur accompagnera mes deux petits camarades à l'hôtel, l'autre m'assistera dans les services de l'hôpital jusqu'à mon retour à l'hôtel.

 Lors de ma consultation avec le médecin, le chauffeur ira chercher Luc à l'hôtel pour servir d'interprète. Qu'ils soient ici remerciés.


 A l'hospedaje SUMAQ SUMAY, nous trouvons un lieu de villégiature parfait.

 

Morale de cet accident il faut être prudent. 

Demain nous  remonterons sur nos vélos toujours sur la Ruta 40. 

Bien à vous et amitiés. 

Jean-Paul 

" jeanpaulegret2@gmail.com "

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